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Aujourd’hui, je vous raconte l’histoire d’une élève d’harmonica. Elle s’appelait Anne Parrical.

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Il y a plus de six ans, j’avais encore mon Blues Club à Fribourg, à la route Saint-Nicolas-de-Flüe. J’y donnais mes cours dans ce grand lieu entièrement consacré au blues.

Un matin, je reçois l’appel d’une dame très précise, très bien élevée, avec une façon de parler presque aristocratique et beaucoup d’assurance. Elle m’explique qu’elle a cherché sur Internet un professeur d’harmonica en Suisse et que, d’après ses recherches, j’étais le seul qu’elle avait trouvé.

Elle commence alors à me poser beaucoup de questions. Notre conversation dure plus de trente minutes ! Anne voulait tout savoir à l’avance, connaître tous les détails et comprendre exactement comment les cours allaient se dérouler.

Finalement, nous trouvons une date pour un cours d’initiation la semaine suivante. Elle venait de Lausanne, ce qui représentait déjà un beau trajet pour venir apprendre l’harmonica avec moi.

Une dizaine de minutes avant son arrivée, elle m’appelle : elle ne trouve pas le lieu. J’ai dû interrompre quelques instants le cours que je donnais pour aller la chercher.

Je découvre alors une dame assez forte, qui avait des difficultés à marcher. Elle conduisait une toute petite voiture et avait également de la peine à en sortir. Je l’ai accompagnée jusqu’au Blues Club. Elle était très polie, mais aussi très directe. Je lui ai expliqué que j’allais d’abord terminer le cours avec l’élève qui m’attendait.

Puis vint le tour d’Anne.

Je lui ai offert quelque chose à boire et nous avons commencé à discuter. Normalement, mon cours d’initiation durait environ trente minutes. Avec Anne, il a duré une heure ! Nous avons philosophé pendant quarante-cinq minutes… et joué de l’harmonica pendant quinze minutes !

Elle était enchantée !

Elle s’est alors inscrite à mes cours et les a suivis pendant plus de six ans. Elle planifiait soigneusement chaque rendez-vous dans son agenda en papier. Elle avait alors 68 ans.

Anne préférait venir une fois par semaine et prendre deux heures de cours. Mais peu à peu, ces cours d’harmonica se sont transformés en véritables moments d’amitié et de partage.

Je m’adaptais à elle, car elle avait des problèmes de respiration. Je sentais aussi que ma présence lui faisait du bien, même lorsque nous ne jouions pas d’harmonica.

Sur deux heures de cours, nous pouvions passer une heure et demie à parler de la vie, à philosopher, à échanger nos expériences… puis trente minutes à jouer de l’harmonica.

Et chaque fois qu’elle venait, elle apportait des biscuits pour la pause. Cette pause était très importante pour elle !

Malgré sa mobilité réduite, Anne est venue assister à beaucoup de mes concerts. Elle est devenue l’une de mes meilleures amies sur cette planète.

Anne avait des amis autour d’elle, mais elle choisissait ses amitiés avec le cœur. Elle-même avait un cœur immense. Elle n’était pas riche matériellement, mais elle possédait une richesse humaine extraordinaire.

Il m’est même arrivé de lui offrir des cours, parce que partager des moments privilégiés avec une personne aussi riche en émotions, en générosité et en compassion était déjà un cadeau pour moi.

Anne était un cadeau.

Lorsque le Covid est arrivé, la seule élève qui voulait absolument continuer à prendre des cours, c’était Anne. Et pour elle, j’ai accepté.

Anne est partie au ciel il y a environ une année.

Un jour, elle m’avait dit :

« Si un jour je suis au ciel, j’aimerais que tu viennes me jouer un morceau pour m’aider à trouver mon chemin là-haut. »

Et je l’ai fait.

Le jour de sa cérémonie, dans une église à Lausanne, j’ai joué pour elle avec énormément d’émotion. J’ai tenu la promesse que je lui avais faite.

Il n’y a pratiquement pas un jour où je ne pense pas à cette dame tellement courageuse, forte et généreuse.

Pour moi, Anne était véritablement un ange descendu du ciel pour nous transmettre un message de fraternité, de générosité et de partage.

Merci, chère Anne Parrical.

Tu resteras toujours quelque part dans ma musique et dans mon cœur.

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Bonny B

 

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Today I want to tell you the story of one of my harmonica students. Her name was Anne Parrical.

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More than six years ago, I still had my Blues Club in Fribourg, on Route Saint-Nicolas-de-Flüe. It was a large place entirely dedicated to the blues, and that was where I taught my students.

One morning, I received a phone call from a very precise and well-mannered lady. She spoke in an almost aristocratic way and sounded very confident. She told me that she had searched online for a harmonica teacher in Switzerland and that, according to her research, I was the only one she had found.

Then she started asking me questions. Lots of questions! We stayed on the phone for more than thirty minutes. Anne wanted to know everything in advance, every little detail, and exactly how the lessons would work.

Finally, we arranged an introductory lesson for the following week. She was coming all the way from Lausanne, which was already quite a journey just to learn harmonica with me.

About ten minutes before she was due to arrive, she called me because she couldn’t find the place. I had to interrupt the lesson I was teaching for a moment and go outside to find her.

I discovered a rather strong lady who had difficulty walking. She drove a very small car and also had trouble getting out of it. I guided her into the Blues Club. She was extremely polite, but also very direct. I explained that I first had to finish the lesson with the student who was waiting for me.

Then it was Anne’s turn.

I offered her something to drink and we started talking. Normally, my introductory lesson lasted around thirty minutes. With Anne, it lasted an hour! We spent forty-five minutes talking and philosophizing about life… and fifteen minutes playing the harmonica!

She loved it!

She then signed up for my lessons and continued taking them for more than six years. She carefully planned every appointment in her paper diary. She was 68 years old at the time.

Anne preferred to come once a week and have a two-hour lesson. But little by little, our harmonica lessons became real moments of friendship and sharing.

I adapted the lessons to her because she had breathing difficulties. I could also feel that simply being together did her good, even when we weren’t playing the harmonica.

During a two-hour lesson, we could spend an hour and a half talking about life, philosophy and our experiences… and then thirty minutes playing harmonica.

And every time she came, she brought biscuits for our break. That break was very important to her!

Despite her reduced mobility, Anne came to many of my concerts. She became one of my best friends on this planet.

Anne had friends around her, but she chose her friendships with her heart. And she had an enormous heart herself. She wasn’t materially wealthy, but she possessed an extraordinary human richness.

Sometimes I even gave her lessons for free, because spending precious moments with someone so rich in emotion, generosity and compassion was already a gift to me.

Anne was a gift.

When Covid arrived, the one student who absolutely wanted to continue taking lessons was Anne. And for her, I agreed.

Anne went to heaven about a year ago.

One day she had said to me:

“If one day I am in heaven, I would like you to come and play a song for me, to help me find my way up there.”

And I did.

On the day of her ceremony, in a church in Lausanne, I played for her with tremendous emotion. I kept the promise I had made to her.

There is hardly a day when I don’t think about this incredibly courageous, strong and generous lady.

To me, Anne truly was an angel who came down from heaven to give us a message of brotherhood, generosity and sharing.

Thank you, dear Anne Parrical.

You will always remain somewhere in my music and in my heart.

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Bonny B

 

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Heute möchte ich euch die Geschichte einer meiner Mundharmonika-Schülerinnen erzählen. Ihr Name war Anne Parrical.

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Vor mehr als sechs Jahren hatte ich noch meinen Blues Club in Fribourg, an der Route Saint-Nicolas-de-Flüe. Es war ein grosser Ort, ganz dem Blues gewidmet, und dort unterrichtete ich meine Schüler.

Eines Morgens erhielt ich einen Anruf von einer sehr höflichen und präzisen Dame. Sie sprach auf eine fast aristokratische Art und wirkte sehr selbstbewusst. Sie erzählte mir, dass sie im Internet nach einem Mundharmonika-Lehrer in der Schweiz gesucht hatte und dass ich ihrer Recherche nach der Einzige war, den sie gefunden hatte.

Dann begann sie, mir Fragen zu stellen. Viele Fragen! Unser Telefongespräch dauerte mehr als dreissig Minuten. Anne wollte im Voraus alles wissen, jedes Detail kennen und genau verstehen, wie der Unterricht ablaufen würde.

Schliesslich vereinbarten wir für die folgende Woche eine Schnupperstunde. Sie kam extra aus Lausanne – also von ziemlich weit her –, um bei mir Mundharmonika zu lernen.

Etwa zehn Minuten vor ihrer Ankunft rief sie mich an, weil sie den Ort nicht finden konnte. Ich musste meinen laufenden Unterricht kurz unterbrechen, um sie draussen abzuholen.

Ich traf auf eine kräftige Dame, die Schwierigkeiten beim Gehen hatte. Sie fuhr ein sehr kleines Auto und hatte auch Mühe, daraus auszusteigen. Ich begleitete sie in den Blues Club. Sie war sehr höflich, aber gleichzeitig auch sehr direkt. Ich erklärte ihr, dass ich zuerst noch den Unterricht mit meinem wartenden Schüler beenden musste.

Dann war Anne an der Reihe.

Ich bot ihr etwas zu trinken an und wir begannen zu reden. Normalerweise dauerte meine Schnupperstunde ungefähr dreissig Minuten. Mit Anne dauerte sie eine ganze Stunde! Wir philosophierten fünfundvierzig Minuten über das Leben … und spielten fünfzehn Minuten Mundharmonika!

Sie war begeistert!

Anne meldete sich daraufhin für meinen Unterricht an und nahm mehr als sechs Jahre lang daran teil. Jeden Termin trug sie sorgfältig in ihren Papierkalender ein. Damals war sie 68 Jahre alt.

Anne wollte am liebsten einmal pro Woche kommen und jeweils zwei Stunden Unterricht nehmen. Doch nach und nach verwandelten sich diese Mundharmonika-Stunden in echte Momente der Freundschaft und des Austauschs.

Ich passte den Unterricht an sie an, weil sie Atemprobleme hatte. Gleichzeitig spürte ich, dass ihr auch einfach unsere gemeinsame Zeit guttat, selbst wenn wir keine Mundharmonika spielten.

Während einer zweistündigen Lektion konnten wir eineinhalb Stunden über das Leben sprechen, philosophieren und unsere Erfahrungen austauschen … und danach dreissig Minuten Mundharmonika spielen.

Und jedes Mal, wenn sie kam, brachte sie Kekse für unsere Pause mit. Diese Pause war ihr sehr wichtig!

Trotz ihrer eingeschränkten Mobilität besuchte Anne viele meiner Konzerte. Sie wurde zu einer meiner besten Freundinnen auf diesem Planeten.

Anne hatte Freunde um sich herum, aber sie wählte ihre Freundschaften mit dem Herzen. Und sie selbst hatte ein riesiges Herz. Materiell war sie nicht reich, aber menschlich besass sie einen aussergewöhnlichen Reichtum.

Manchmal schenkte ich ihr sogar Unterrichtsstunden, denn besondere Momente mit einem Menschen zu teilen, der so reich an Gefühlen, Grosszügigkeit und Mitgefühl war, war für mich bereits ein Geschenk.

Anne war ein Geschenk.

Als Covid kam, war Anne die einzige Schülerin, die unbedingt weiterhin Unterricht nehmen wollte. Und für sie habe ich zugestimmt.

Anne ist vor ungefähr einem Jahr in den Himmel gegangen.

Eines Tages hatte sie zu mir gesagt:

„Wenn ich eines Tages im Himmel bin, möchte ich, dass du kommst und mir ein Stück spielst, damit du mir hilfst, dort oben meinen Weg zu finden.“

Und genau das habe ich getan.

Am Tag ihrer Abschiedszeremonie spielte ich in einer Kirche in Lausanne für sie – mit sehr vielen Emotionen. Ich hielt das Versprechen, das ich ihr gegeben hatte.

Es vergeht kaum ein Tag, an dem ich nicht an diese unglaublich mutige, starke und grosszügige Frau denke.

Für mich war Anne wirklich ein Engel, der vom Himmel zu uns gekommen war, um uns eine Botschaft der Brüderlichkeit, der Grosszügigkeit und des Teilens zu bringen.

Danke, liebe Anne Parrical.

Du wirst immer irgendwo in meiner Musik und in meinem Herzen bleiben.

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Bonny B

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